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Jouer sur les factures d’énergie

Sortir de la précarité énergétique, en Loire-Atlantique

“ Aider les autres. Avec comme objectif, sortir de la précarité énergétique. Aider les autres à connaître leurs droits, gérer leur budget, rendre leur logement plus confortable. Accompagner les ménages très modestes en difficulté pour payer leurs factures d’énergie et d’eau, c’est ma mission chez Alisée. Mais c’est aussi savoir vers qui se tourner, oser prendre la parole, et voir sa situation s’améliorer. De ces “petites choses” qui font que mon métier est riche socialement et humainement.

Manon Daumy

Chargée de visite Slime

 

Loire-Atlantique      13.11.2025

Précarité

Action

Rencontre avec les bénéficiaires des visites à domicile

Les personnes en situation de précarité énergétique en France sont bien plus nombreuses que l’on imagine. On parle aujourd’hui d’un Français sur cinq (source ONPE) et plus de 4 millions de logements catégorisés “passoire énergétique” (en étiquette F & G du DPE). Avec comme problématique centrale, une mauvaise isolation de l’habitat ayant des répercussions directes sur les factures d’énergie.

En Loire-Atlantique, les ménages qui nous sollicitent (souvent orientés par l’assistance sociale ou une association comme le Secours Catholique), peuvent être autant des personnes en forte précarité (logement social, RSA …) que des foyers se trouvant temporairement en difficulté pour payer l’ensemble de leurs charges. Un changement de situation peut les mettre momentanément dans une impasse financière : licenciement, séparation, arrivée d’un enfant, rôle d’aidant d’un proche … Ce ne sont pas uniquement les événements familiaux qui sont en cause, il peut s’agir plus simplement du paiement d’une facture de régularisation d’énergie qui aurait été mal estimée à l’entrée d’un logement, ou bien l’augmentation des prix de l’énergie, un appareil défectueux qui consomme beaucoup … De nombreux événements peuvent influer directement sur les factures d’énergie d’un foyer et donc impacter la vie des habitants, quelque soit leur profil initial.

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Témoignage terrain
“ La précarité énergétique n’est pas une problématique réservée aux femmes, mais il est vrai que je rencontre sur le terrain une majorité de familles monoparentales avec la mère comme responsable des enfants au quotidien. ”

C’est dans le cadre du programme Slime, qui accompagne plus de 10 000 personnes par an et piloté par le réseau CLER, que notre équipe se rend sur sur le terrain pour repérer les ménages ayant des besoins ponctuels pour payer leurs factures d’énergie. Établir un diagnostic socio-technique nous permet de leur proposer des solutions durables et adaptées.Il s’agit souvent de problèmes de sensation de froid (ou de chaud l’été), et de problèmes de santé dûs à l’humidité.

Chez Alisée, nous avons fait le choix de constituer nos équipes avec des profils de compétences orientés vers l’accompagnement social. Nous avons également un bagage technique qui nous permet d’identifier les solutions mais le propre de notre métier est d’écouter et de comprendre ces populations qui ont souvent besoin de mieux comprendre leurs droits.

Les solutions d’accompagnement : nos retours terrain

Même si l’on constate sur le terrain que les personnes accompagnées font globalement déjà très attention à leurs consommations d’énergie compte tenu de leur restriction financière, il existe des leviers auxquels nous pouvons faire appel pour débloquer des situations.

Lire la vidéo des visites à domicile Slime du département Loire-Atlantique

Pendant nos visites à domicile, nous abordons systématiquement la question des usages. Nous interrogeons les habitudes et aidons à la mise en place des bons gestes liés aux équipements d’énergie et d’eau qui peuvent faire baisser significativement les factures. Les personnes concernées sont actrices du changement de leurs pratiques. Nous leur transmettons nos connaissances et nos astuces mais ce sont elles qui prennent le relais au quotidien. Il est souvent nécessaire de reprendre les bases autour des consommations d’énergie, pour mieux prendre conscience de l’impact d’une douche de 20 minutes, comparée à 5 minutes, du degré supplémentaire sur son chauffage, et d’une télévision allumée toute la journée “pour créer une présence” . Nous utilisons des outils de mesure pour évaluer les consommations avant/après (ex. wattmètre). Il nous arrive d’installer des petits équipements pour limiter les consommations (ex.mousseur sur les robinets d’eau) et la sensation de froid (ex. rideaux).

Le contrat du fournisseur d’énergie est également à étudier à  la loupe. Il est assez fréquent d’observer que le contrat d’électricité n’est pas adapté. Certaines modalités de contrat peuvent jouer en faveur des bénéficiaires (ex. heures creuses, options souscrites sans le savoir …). Le changement de fournisseur peut aussi être une possibilité pour modifier les tarifs. Nous les orientons vers le médiateur de l’énergie, outil de comparaison des offres énergie.

Pour éviter les coupures d’électricité (ou limitation de puissance du compteur) ou les procédures de recouvrement, l’important est quelquefois de permettre aux foyers de réagir vite en ce qui concerne le paiement des factures. Des aides financières peuvent être mobilisées en fonction des situations personnelles et des revenus. Le Fonds de Solidarité pour le Logement mis en place par le département est l’une d’entre elles. D’autres aides existent : les aides du CCAS,les aides d’associations comme celles du Secours Catholique ou de la Croix Rouge, le chèque énergie- coup de pouce de l’Etat. Notre rôle est alors de porter à la connaissance des habitants l’existence de ces aides, de les aider à les activer.

Intégrer un conseil juridique au sein de notre diagnostic socio-technique fait partie intégrante de nos missions. La première étape est de faire valoir ses droits. Il est tout à fait possible qu’une demande de RSA ou l’APL augmente de fait le pouvoir d’achat du ménage et lui permette de payer ses factures d’énergie. Dans d’autres cas, il sera intéressant d’étudier les lois autour de l’habitat pour identifier les responsabilités, notamment entre un locataire et un bailleur. Nous avons la chance d’avoir nos bureaux professionnels au sein de la maison de l’habitat de Nantes, et de cohabiter avec les juristes de l’ADIL qui sont de précieux interlocuteurs. Nous aidons les habitants sur les questions de responsabilité “par ex. un chauffe-eau à remplacer : qui doit le faire ? “ et les accompagnons si nécessaire à réaliser la démarche administrative s’ils ne sont pas en capacité de le faire.

 

Témoignage terrain
“ Lors d’une visite, je me suis aperçue que le locataire coupait tout le temps l’eau car il y avait une fuite d’eau dans sa baignoire. Le relevé du compteur d’eau indiquait 159 m3 pour 10 mois au lieu - habituellement - de 55 m3 pour une année complète. Nous avons prévenu la Saur pour demander un plafonnement de la facture et demander une prise en charge financière au bailleur pour la différence à payer. Les fuites dûes à une canalisation étant de la responsabilité du bailleur. ”

La mise en relation et la coopération

Au-delà des habitants, nous sommes en étroite relation avec d’autres interlocuteurs, et plus spécifiquement l’assistance sociale. Les travailleurs sociaux établissent un état de la situation du demandeur et passent en revue l’ensemble du budget du ménage (charges/revenus). Leur rôle est de faire prendre conscience des priorités sur un budget familial et rechercher des aides financières. Lorsqu’une facture d’énergie ou d’eau leur semble décalée par rapport aux consommations moyennes normalement observées, les travailleurs sociaux peuvent nous contacter pour prendre le relais.

“ Le tarif de cette facture d’énergie me paraît élevé au kWh. Toutefois je n’ai pas la compétence pour aller plus loin avec mon bénéficiaire. Pouvez-vous reprendre la main ? - Extrait d'une fiche de visite Service social ”

Les échanges en direct avec les bailleurs sont envisageables. Nous pouvons faire remonter les problèmes rencontrés par le locataire au bailleur, et lui demander de réaliser des travaux (ex. moisissures, humidité …).  Nous pouvons nous mettre en relation avec le locataire, à la demande du bailleur, afin d’expliquer les usages autour de l’énergie et le rassurer.

Pour les propriétaires en précarité énergétique et dans les situations qui nécessitent des travaux, nous orientons le ménage vers le service France Renov’, ou encore les Compagnons Bâtisseurs qui peuvent obtenir des aides financières aux “petits travaux” vie le fonds de Solidarité Logement départemental. Et dans les cas extrêmes, nous avons la possibilité de signaler le logement à la Direction Départementale des Territoires, via l’outil Signal Logement, afin d’informer de la non décence ou de l’insalubrité du logement et ainsi exiger du propriétaire de remettre son bien immobilier en conformité avec le règlement sanitaire départemental.

Proposer un logement décent et un accès à l’énergie pour tous, c’est la raison pour laquelle nous continuons à nous engager sur des projets qui impulsent une dynamique pour sortir de la précarité énergétique durablement.

 

Manon Daumy

Chargée de visite Slime

manon.daumy@alisee.org