Des seniors, des vélos
La CCEG veut faire du vélo une option de déplacement adaptée à tous les seniors
“ Le vieillissement peut être parfois synonyme de perte de mobilité, d'isolement et de réduction des capacités physiques. Or le vélo est un formidable levier pour préserver une activité physique quotidienne bénéfique au bien vieillir en bonne santé. Il permet de réaliser facilement ses déplacements de proximité nécessaires au maintien d'une vie sociale. Au-delà de la seule bicyclette à 2 roues, il existe une infinité de matériels vélo très peu énergivore dotée d'une autonomie de mobilité : tricycles, tandems, draisiennes adultes, assistance électrique, accessoires d'adaptation... Faire redécouvrir le bonheur du vélo et la possibilité d'en jouir à tout âge, c'est ce qui me procure une grande joie dans ce projet. ”
Erdre et Gesvres 22.09.2025
Mobilité
REX / Impact
Les expérimentations vélos seniors sur la CCEG
Depuis Octobre 2024, la communauté de communes Erdre et Gesvres, accompagnée par Alisée, s’est transformée en territoire d’expérimentation pour une mobilité durable et inclusive). Une nouvelle forme de diagnostic, qui passe par l’enquête et l’expérimentation terrain, pour obtenir une stratégie adaptée aux besoins des habitants présentant des vulnérabilités (handicap, vieillissement, précarité…). Le consortium, incluant l’intercommunalité et Alisée, est lauréat de l’AMI TEMI, issu du programme national TIMS – Territoire Inclusion Mobilité Sobriété. Ce programme en faveur de la mobilité durable et inclusive est financé par les certificats d’économies d’énergie (CEE) et piloté au niveau national par le Cler Solutions, filiale du réseau CLER, Mob’In, AURA-EE et le RARE.
La mobilité à vélo est en mouvement en Erdre et Gesvres, notamment avec le dispositif Véloce, service de location de vélo de longue durée mis en place depuis 2019 pour les habitants, retraités et actifs du territoire. La notoriété de Véloce prend son envol et de nouvelles demandes émergent de publics spécifiques : habitants en situation de handicap, associations d’activité physique adaptée, seniors ayant des troubles de l’équilibre. Adapter le dispositif “de base” à ces publics oubliés devient une évidence.
Faire découvrir et faire tester des vélos adaptés est la piste d’expérimentation qui a été choisie auprès des jeunes retraités, des associations de loisirs senior, les EHPAD, les résidences senior … Au total, 10 animations organisées par l’équipe d’Alisée entre mai et juillet 2025, avec l’aide du prestataire vélo de la CCEG Fleeta. Au total, 10 animations organisées par l’équipe d’Alisée entre mai et juillet 2025, avec l’aide du prestataire vélo de la CCEG Fleeta, qui a permis de sensibiliser 200 personnes, habitants ou membres d’associations.
“ J’ai beaucoup apprécié de pouvoir tester tous ces vélos. C’était très concret et ça m’a ouvert des perspectives sur les possibilités du vélo que je n’envisageais pas ! ”
Nos premières conclusions terrain se portent sur l’investissement matériel adapté à ces publics :
- privilégier les vélos de petite taille : les vélos trop grands ou perçus comme tels sont des freins à l’acceptation du matériel. Les personnes à mobilité réduite peuvent avoir un retard de croissance, le vieillissement peut faire perdre quelques centimètres faute de tonicité, et les femmes – statistiquement plus petites – sont sur-représentées au sein du public senior. Un point de vigilance donc pour les concepteurs vélo et les services de location de vélos, qui pourraient considérer la taille “standard” selon des normes masculines.
- un premier niveau d’adaptation du matériel avec les vélos à assistance électrique (VAE), pour bénéficier d’une aide et continuer à avoir du plaisir à pédaler. Les tester, les proposer à la location pour prendre confiance et ensuite investir à l’achat est une mécanique qui nous semble pertinente. Le vélo à 3 roues peut s’envisager dans un second temps.
La force du levier psychologique dans le changement de pratiques est également à considérer avec attention :
- l’esthétisme du vélo est très important dans la représentation des seniors : il peut renvoyer à un univers médical, celui du handicap, de l’EHPAD ou de la perte d’autonomie. Notre stratégie a été de privilégier des vélos attractifs visuellement, pour donner envie de les essayer et ensuite rediriger les publics vers des modèles plus qualitatifs, plus techniques, plus “médicaux”. Laisser le premier choix du test vélo permet de véhiculer des émotions positives, une liberté d’action et un pouvoir d’agir, qui met dans de bonnes dispositions pour accueillir les propositions alternatives.
- les peurs et la sensation d’incapacité sont des freins psychologiques qui sont indépendants de la réelle incapacité physique des seniors. Les histoires racontées lors de ces animations portent souvent sur des événements traumatisants liés au vélo, vécus ou observés, chez une personne proche ou éloignée : une chute, un presque-accident, un sentiment de danger. Une phase d’écoute et d’observation est souvent une étape préalable nécessaire à l’essai du matériel vélo.
L’accompagnement proposé est encore plus important que ce que nous avions supposé :
- le mécanisme d’entraide entre pairs a très bien fonctionné sur les tests vélo : Les testeurs deviennent à leur tour les accompagnants des nouveaux testeurs. Rien d’étonnant, puisque nous sommes particulièrement sensibles aux retours d’expérience de personnes qui nous ressemblent et vivent des situations similaires aux nôtres.
- le partage et la convivialité est un outil clef, qui donne envie de faire le premier pas. Grâce aux vélos tandem côte à côte (vélo fantastique pour les publics à fort handicap), l’expérience est souvent positive et dynamique ce qui permet d’envisager l’essai d’un tricycle individuel plus adapté à un usage individuel des seniors autonomes.
Un dispositif Véloce transformé
Le service vélo de la communauté de communes Erdre & Gesvres s’est appuyé sur les conclusions de notre expérimentation terrain pour transformer son offre de mobilité vélo. Concrètement, voici ce qui change sur le dispositif Véloce :
- l’accessibilité pour les personnes de petite taille : investissement de vélos à assistance électrique classiques, en taille xs, à l’esthétique urbaine et avec un cadre en col de cygne plus facilement accessible
- le confort des vélos classiques à deux roues : proposition de vélos avec un cadre surbaissé pour un usage confortable et sécurisé le plus longtemps possible
- la perte d’autonomie et certains problèmes de santé handicapants : des tricycles assis couchés
- des personnes de grande corpulence (taille et poids) ou avec des tremblements importants (ex, parkinson, sclérose en plaques) : un modèle de tricycle renforcé, plus lourd et doté d’une roue avant moins sensible à chaque mouvement
- des accessoires de personnalisation pour accompagner chaque singularité : des rétroviseurs vélo pour les personnes ayant des difficultés pour se tourner, des clignotants pour éviter de lever le bras, des porteurs de cannes pour passer confortablement de la marche au vélo, des accoudoirs pour alléger la pression physique sur les avant-bras et limiter les tremblements, des accessoires d’ergonomie pour ajuster chaque vélo à des tailles de pieds, de jambes, de bras différentes.
Ces nouveaux matériels seront disponibles à la location sur le territoire de la CCEG dès l’automne 2025, preuve que la coopération entre les territoires et les associations fonctionne. Grâce au programme de financement “les fonds d’appui pour des territoires innovants seniors”, dont la CCEG est lauréate (lancé par le réseau Villes Amies des Aînés), c’est une dynamique durable qui s’engage. Une dynamique terrain tournée vers les seniors et les structures qui les accompagnent, via des actions pour rendre le vélo accessible à tous les seniors.
Les seniors et les mobilités
Bien vieillir, c’est d’abord rester en bonne santé : continuer ses loisirs, continuer à bouger, à se déplacer, à socialiser, à s’émerveiller. C’est aussi s’adapter à une énergie et un corps qui se transforment. Au fur et à mesure de l’avancée dans l’âge, se déplacer questionne et lever les obstacles sécuritaires est un premier pas. Prendre sa voiture est-il toujours recommandé ? A-t-on les mêmes réflexes qu’avant ? Est-ce raisonnable de se déplacer à vélo ? Comment gérer ces nouveaux troubles de l’équilibre ? Comment appréhender les transports en commun ?
“ Tous les seniors ne se ressemblent pas. ”
Mais tous les seniors ne se ressemblent pas. A côté des nouveaux freins physiques et cognitifs liés au vieillissement, des envies fortes liées aux loisirs, au lien social et à l’aspect économique de la mobilité s’expriment. Comment rester actif et préserver ma santé ? Quelles solutions de mobilité pour casser l’isolement en ville et à la campagne ? Est-ce possible de faire des économies et de me passer d’une voiture individuelle ?
Ces interrogations sont légitimes et posent la question de la prise en compte des singularités de certains groupes d’habitants dans les politiques de mobilité des territoires.
Les mobilités douces sont un atout santé pour les seniors afin de conserver le plus possible leur autonomie. Par exemple, faire du vélo permet de se concentrer sur une action et coordonner ses mouvements, de se détendre et d’améliorer son sommeil, de se donner confiance en soi. Et par conséquent, de lutter contre la sédentarité, les maladies cardiovasculaires, le surpoids et le stress. Rien que ça. Le forum Vie Mobiles, think thank expert en mobilité, confirme la tendance de popularité du vélo pour les seniors via son étude “La pratique du vélo entre 60 et 80 ans : les seniors l’adorent !”, qui envisagent sérieusement le vélo pour leurs déplacements aussi bien “plaisir” qu’utilitaires.
Accompagner les seniors sur les mobilités douces est un enjeu clé. Si 22% des seniors d’aujourd’hui déclarent n’avoir jamais pratiqué le vélo et n’avoir jamais appris à en faire, ce sont au total 3 millions de seniors entre 60 et 80 ans qui peuvent faire évoluer leurs compétences nécessaires à la pratique du vélo, et plus largement des mobilités douces. Et si l’on ajoute tous ceux qui ne pratiquent plus le vélo pensant que ce mode de déplacement n’est plus accessible compte tenu de leur âge, quel potentiel de mobilité douce sur les territoires …